AMÉRICANITÉ ET LATINITÉ DE L'AMÉRIQUE LATINE


     Qu'est-ce en réalité, dans ses rapports avec les autres parties du monde, que l'Amérique généralement appelée latine? En quoi forme-t-elle, sur le plan socio-culturel, un complexe sociologiquement homogène permettant de la considérer tout entière comme latine - indépendamment de son unité géographique - et en même temps comme faisant partie d'un ensemble sociologique américain Qui constitue le cadre à l'intérieur duquel se déploie, dans le temps et dans l'espace, as latinité?

      Ce sont là des questions Qui préoccupent les chercheurs ayant pris pour tâche de dégager les traits caractéristiques de l'Amérique dite latine et d'expliquer ce qu'elle est. A ce sujet, la présente ivraison de la reye Diogène apporte des éclairissecements précieux venant de quelques uns d'entre eux, Qui comptent parmi les plus compétents, et Qui ont chacun étudié ce problème dans des perspectives et selon des critères d'analyse et d'interprétation différents. Compte tenu du fait que la conjoncture mondiale, dans chacune des phases Qui la rythment, finit presque toujours par excercer une action déterminante sur les diverses conjonctures particulières ( Pierre Chaunu), le rapport entretenu par l'Amerique latine avec cette conjoncture mondiale a varé en fonction de divers facteurs prédominants s'exerçant à l'intérieur des situations dans lesquelles elle se trouvait, le facteur ibérique et latin pouvant être considéré comme celui Qui s'est exercé de la façon la plus générale et la plus constante, bien qu'il faille tenir compte en certains cas et au cours de certaines périodes d'autres facteurs tels que l'influence prédominante de la France, de l'Angleterre ou des Etats-Unis. Dans son développement, aujourd'hui comme dans le passé l'Amérique latine ne cesse de ressentir les effets de l'interdépendance fondamentale, physique et écologique, Qui existe entre elle et l'Amérique anglo-saxonne.

      Ii s'agit ici de l'américanité géographique de l'une et de l'autre. Mais il y a aussi le sentiment de solidarité découlant du fait que, d'une façon générale, leur développement à toutes deux s'effectue dans un même climat psychosocial américain, c'est-à-dire dans un climat de ttension, d'effervescence et, partant, favorable à un même genre d'évolution, sous des aspects, cela va de soi, bien différents. De plus le climat psycho-social américains dont nous parlons ici ne doit pas être confondu avec le sens spécifique du temps économique et du temps quotidien, si différent chez les Américains anglo-saxons et chez les Américains latins.

      Ii s'agit ici de cette tension Qui est caractéristique du climat psycho-social américains en général et Qui ne s'exerce pas toujours de l'intérieur vers l'extérieur; en certains cas elle est suscitée par des influences Qui s'exercent de l'extérieur vers l'intérieurs. C'est lá un fait Qui a frappé les sociologues européens Qui ont visité l'Amérique latine - et parmi eux Guglielmo Ferrero - et Qui ont remarqué que les forces conservatrices, routinières - irons-nous jusqu'à dire d'inertie? - tendent généralement à se manifester à l'intérieur de grupes sociaux stabilisés et devenus, sociologiquement, américains, tandis que les forcesde renouvellemnt et de transformatin émanent des immigrants récents, des étrangers, des nouveaux venus, pour lesquels l'espace américain a signifié dans bien des cas un champ libre pour entreprendre hardiment pour innover et pour rénover. On peut même dire que la tension Qui caractérise le climat social américain dans toutes les régions des Amériques se trouve être en grande partie la conséquence du choc entre ces deux tendances. Tandis qu'un grande nombre, ou au moins une bonne partie des Américains déjà enracinés en Amérique et devenus Américains de tradition sont paradoxalement les tenants d'idées, de sentiments et d'habitudes conservatrices, les Européens, les Africains et, plus récemment les Japonais, dans la mesure où ils sont des étrangerrs et des nouveaux venus, constituent, par leurs idées, leurs sentiments et leurs habitudes, des foyers de renouvellement. C'est là un fait qu'on peut vérifier aussi bien dans l'Amérique anglo-saxonne que dans l'Amérique latine et Qui se manifeste dans divers domaines, politique, économique, religieux, dans l'éducation, la technique, l'art et la littérature.

      D'ou l'on tire cetteconclusion paradoxale que le climat social caractéristique du pays américain peut être défini comme um climat dans lequel la tension favorable l'élan évolutif, à l'esprit d'entreprise et de renouvellement dépend de la présence d'éléments nn américains, c'est-à-dire, en Amérique de langue anglaise, non anglo-saxons, et, en Amérique dite latine, non ibériques. Ce sont ces nouveaux venus en Amérique Qui ont ravivé parmi les Américains déjà enracinés l'esprit créateur et rénovateur de l'américanité.

      Jusqu'à quand, portant, ce phénomène continuerat-il à se faire sentir dans la vie et la culture américaines et en préservera-t-il la physionomie spécifiquement américaine, étant donné que, au cours des dernières décennies, ces éléments non americains, au sein de cette vie et de cette culture,sont devenus beacoup moins nombreux, avec cette réserve toutefois, en ce Qui concerne le Brésil, que les Japonais ont remplacé dan une certaine mesure les Italiens, les Allemands et les Polonais dans le rôle que ceux-ci avaient joué parmi les Brésiliens à la fin du XIX siècle et au début du XX siècle somme agents de renouvellement? C'est ici que nous devons enregistrer l'apparition d'une tendance nouvelle dans la vie et la culture e l'Amérique latine: le rôle tenu pendant une certaine période par des éléments de population non ibériques venus d'Europe ou d'autres parties du monde et Qui, avides d'ascension sociale autant qu'écononomique, trouvaient dans l'espace que leur offrait l'Amérique latine un champ d'action plus large que dans leur pays d'origine, ce rôle est tenu maintenant par des éléments nés dans le pays même, indigènes, métis, prolétaires, ruraux, Qui, sous l'action des moyens de communication modernes, Qui les ont éveillés d'une sorte d'hibernation sociale, se sont mis à ressentir des désirs d'ascensin et à prendre conscience de droits Qui ne leur étaient qu'exceptionnellement reconnus jusque-là par les couches dominantes des populations d'Amériquelatine. Ces couches dominantes, depuis un siècle entier, c'est-à-dire depuis l'indépendance politique de ces populatins autrefois soumises à l'Espagne ou au Portugal, avaient accordé beaucoup plus d'intérêt aux immigrans Qui venaient d'arriver de l'extérieur qu'aux prolétaires et aux ruraux appartenant à leur prore ethnie et à leur propre culture, culture indo-ibérique ou indo-afro-ibérique. Rappelons toutefois que chez bom nombre de ces prolétaires et de ces travailleurs des champs on trouve des traist culturels indiens ou africains plus marqués que dans ces couches dominantes Qui, elles, ont conservé des traits et des rites d'origine essentiellement européenne, lors même que ces traits et ces rites se trouvent avoir été, en certains cas, altérés par des influences amérindiennes, africaines ou orientales. Ce sont ces influences-là Qui, depuis la naissance de l'Amérique latine, ont nuancé de façon notable la latinité de l'Amérique de culture ibérique et française, au point de faire du terme d'"Amérique latine" quelque chose de tellement imprécis que certains puristes, soucieux de n'employer le mot "latinité" que dans son sens strict, refusent de reconnaître comme latines l'ensemble des contrées classées aujoud'hui comme telle et n'appliquente cette qualificatin qu'à l'Uruguay et tout au plus à l'Agentine.

      On voit bien que cette distinction repose sur des bases fragiles quand oi songe que, parmi les composantes de la culture argentine, figurent des éléments "gauchos" Qui sont en partie d'origine amérindienne, et que, un Uruguay comme en Argentine, l'élément africain est présent dans la population comme dans la culture. Malgré cela et en dépit de ces influences et de la résence d'éléments ethniques et culturels non latins venus d'Europe et d'Orient dans les nations et les sociétés latino-américaines, il apparaît à certains d'entre nouis que le terme d'Amérique latine peut sans inconvénient s'appliquer au complexe qu'il désigne généralement, c'est -à-dire à un ensemble de populations et de cultures américaines. Ii y a aussi chez cellesci, à l'intérieur de ce climat social de tensin où chacune à as manière poursuit son développement, quelque chose de commun à toutes et par quoi tous leurs aspects particuliers se rejoignent dans le général. C'est cela que nous n'hésitons pas à considérer comme l'expression sociologique de cette latinité Qui, en Europe, définit certains types de comportement, certaines valeurs et certains traits culturels généralement considérés comme latins, qu'ils soient ibériques, italiensou français. Pour le sociologue, il y a d'indéniables analogiesde comportement et de culture entre un caboclo brésilien façonné par le milieu luso-catholique et un Mexicain façnné en milieu hispano-catholique,ces analogies peuvent être considérées comme relevant de leurs commune latinité, en ce qu'elles proviennent pour baucoup d'une interprétatin latine - portugaise ou espagnole - du christianisme appliqué à tout un ensemble d'attitudes de l'homme devant la nature et la sociéte, d'un christianisme adapté, à travers cette interprétation particulière, tellement plus souple que l'interprétatin particulière, tellement plus souple que l'interprétation anglo-saxonne, aux situatins américaines Qui, sous la variét'de leurs aspects, se retrouvent presque identique dans les diverses contrées d'Amérique marquées de l'empreinte latine par des éléments français ou surtout espagnols et portugais.

      C'est justement cette maléaubilité socialeduchristianisme tel qu'il a été apporté en Amérique par les Latins d'Europe Qui a permis que se formât parmi les populations campagnardes des divers pays d'Amérique latine une classe de prolétaires et de travailleurs agricoles Qui, depuis longtemps - longtemps pour l'Amérique latine--, dans le milieur rural où ils vivent, au sein de leurs pauvreté et de leurs misère même, vont unissant des valeurs et des modes de vie latins à des valeurs et à des modes de vie amérindiens et parfois afro-amérindiens, ce Qui, au point de vue socila et culturel, a établi une certaine distance entre eux et les couches dominant la vie économique et politique de leur pays. C'est cette distance Qui explique qu'aujourd'hui, dans certaines contrées d'Amérique latine, ces éléments de opulation Qui se trouvent ainsi sépares dans le temps et dans l'espace sociaux des éléments dominants, àmesure qu'ils commencent à s'affirmer comme des gens engagés désormais dans un processus d'ascension socio-économique au sein des sociétés nationales où leur rôle étaitjusqu'ici plus passif qu'actif, se présentent comme des facteurs de renouvellement de ces mêmes sociétés et des cultures Qui les caractérisent. Ce mouvement de renouveau commence àse développer d'une manière Qui n'est pas sans rappelr quelque peu d'autres mouvements, dont les initiaturs furent des immigrants non latins, venus d'Europe ou du Japon, pour se mêler aux sociétés néo-latines, au sein desquelles leur actin s'est manifestée de façon parfois révolutionnaire.

      Cette action révolutionnaire - une action Qui, dans le casqui nous occupe, ne se développe ps en révolutions sanglantes --, les prolétaires et les paysans peuvent l'excercer dans les sociétés latino-américaines contemporaines, dès le moment qu'ils deviennent, comme cela est en train de se produire ici et s'est déjà poduit lá, des éléments vivants et actifs au sein des divers groupes nationaux auxquels ils n'avaient jusqu'ici appartenu qu'à titre de quasi-étrangers. L'ascension socio-économique de ces gens peut avoir pour résultat, à l'intérieur de ces sociétés Qui ne perdent pas pour autant les traits essentiels auxquels elles doivent leur physionomie relativement latine, de revigorer les résidus de culture d'origine amérindienne ou africaine et, en même temps, de faire monter aux postes de commande politiques, économiques, religieux et culturelsun plus grande nombre de personnes Qui, par le sang, sont de même povenance: Amérindiens, Africains, métis avec prédominance de l'une ou de l'autre de ces deux races. C'est là un processus de valorisation de ces éléments ethniques Qui vient s'ajouter à un autre,si caractéristique de la deuxième moitié du XIX siècle et des premières décennon ibérique Qui s'imposent de même au sein de populatins et de cultures latino-américaines - qu'ils soient eux-mêmes latins ,comme les Italiens et les Français, ou non latins comme les Allemands, les Polonais et le Japonais. Ii pouvait d'abord sembler à certains observateurs que ces immigrants allemandas, japonais ou polonais allaient gravement altérer la latinité descultures latino-américaines dans lesquelles ils constituaient des facteurs de revouvellement et de transformatin. Mais rien de tel ne s'est produt ni n'est en train de se produire. La présence et les activité sde ces gens - et beaucoup d'entre eux, provenant pourtant de couches très conservatrices de la polupation rurale européenne, mais se trouvant confrontés, une fois en Amérique, avec l'inertie, avec la sous-alimentation et la misère régnant dans une grande partie des campagnes d'Amérique latine, se sont mués sur-le-champ en rénovateurs et en agents dynamiues de progrès - sont bien plutôt généralement bénéfiques pur ces populations et ces cultures latino-américaines, loin de constituer pour elles un menace. Le danger, il est vrai, serait qu ces immigrants amènent les populatins déjà enracinées dans le pays à s'écarter de toutes les normes et de toutes les constantes Qui constituent l'armature de leur existence. Or, dans bien des cas, ces normes et ces constantes sont fort précieuses por assurer la consolidation des populations d'Amérique latine en sociétés stables et elles sont d'autre part susceptibles, quand elles se trouvent soumises à des stimulants convennt à leur dévelopement, de se moderniser, sinon en totalité, comme c'est le cas dans les grandes zones urbaines de Buenos Aires, de Mexico, de São Paulo et dans presque tout l'Uruguay, du moins en grande partie, comme il est arrivé ans diverses régins du Mexique, de l'Argentine, du Chili, du Brésil, de la Colombie, du Venezuela, etc., et cela sans que se perde le sens des valeurs traditionnelles auquel elles sont litées et par lequel elles assurent la stabilisatin de ces populatins en groupes nationaux.

      L'Amérique latine a connu de façon parfos dramatique ces confits Qui ont éprouvé les populations d'autres parties du globe entre la tadition et le modernisation. Certains de ces conflits ont eu pour origine présence d'éléments nouvellement arrivés d'Europe ou l'intrusion de tecniques d'une nouveauté brutale dans des milieux latino-américains attachés presque religieusement à des traditions de vie et de culture remontant à l'époque coloniale et conservées depuis à l'état quasi pur. Ce sont ces éléments de population, demeurés dans cet état de pureté culturelle et dans une certaine mesure ethnique, Qui se sont révélés dans le passé et se révèlent actuellement capables à leur tour, lorsque les circonstances sont favorables àleur explosion, en se dressant contre d'autres éléments de population techniquement et même socialement modernes et Qui appartiennent aux mêmes groupes nationaux ou régionaux qu'eux, de revigorer, face aux influences impérialistes et dénatinlisantes, les traits Qui sont essentiels à la latinité et à l'indépendence de ces pays. Ce phénomène peutmarquer le début de l'ascension socio-économique d'éléments ruraux faisant partie de certains populations régionales d'Amérique latine et Qui, aprés être restés pendant de longues années dans un état social archaique relativement formes générales - entendons, au sens sociologique, des formes Qui lui permettent de mettre en valeur des matériaux et des formes spécifiquement amérindiennes. Telle est l'origine de l'art de Rivera et de Orozco et de l'architecture mexicaine moderne, avec leurs combinaisons expressives de formes et de matériaux traités dans cet esprit; il y a aussi les combinaisons si caractéristiques que nous trouvons dans les musiques e Chávez et, au Brésil, de Villa-Lobos; mentionnons aussi, plus loin de nous, la peinture de Cuzco au Pérou, si latine et si américaine à la fois dans ses expressins les plus heureuses. C'est ce que, du point de vue anthropologique, souligne, dans ce même numéro de Diogéne, l'étude du Dr. Alfonso Caso.

      A propos de ce Qui, dans les cultures latino-américaines, relève sot de l'américanité, soit de la latinité, se pose une question des plus intéressantes et qu'abordent dans leurs articles, d'une part, le professeurMarcel Bataillon, maître incontesté des études hispaniques et hispano-américaines ( "La rébellion pizarriste, enfantement de l'Amérique espagnole") et, d'autre part, José Durand ( "Garcilaso entre le monde des Incas et les idées de la Renaissance") : il s'agit du métissage culturel, tel qu'il se produsait lorsqe des enfants métis naissaient d'un père ibérique et d'une mère amérindienne de conditin sociale analogue,comme ce fut le cas des parents de l'Inca Garcilaso, et lorsque ces enfants étaient, en fait de latinité, capables de rivaliser sur le plan social et culturel avec les Blancs venus d'Europe e Amérique uavec ceux Qui étaient d'ascendance européenne à la fois par leur père et par leur mère. Ces individus possédaient, en plus de leur latinité, des traits qu'ils devaient à leur condtion d'hommes enracinés, par leurs ancêtres amérindiens, dans la terre américaine et ce sont cs métis-lá Qui ont conféré au métissage la dignité d'agent précurseus de la natin, dignité Qui, au Brésil plus encore peut-être qu'en Amérique espagnole, se sommuniqua aux métis Qui étaient également né de pères europées et de mères amérindiennes, mais issus de milieux sociaux et culturels différents. S'il est vrai que les Amérindiennes auxquelles s'unirent, au Brésil, les Portugais et les Espagnols, n'étaientpas totes des fills de caciques assimilables à des princesses, il est de fait que beauxoup d'entre elles furent anoblies ou qu'elles se haussèrent socialement jusqu'a devenir les égales des Blanche, parce qu'elles étaient des filles d'Amérindiens Qui avaient fait cause commune avec les Ibériques dans les guerres livrées contre les envahisseurs français et hollandais du Brésil, aux XVI, XVII et XVIII siècles. Les plus braves de ces guerriers amérindiens - ceux évidemment Qui avaient adopté la religino catholique - furent salués du titre de héros et élevés, dans certains cas, au grade de capitaines de milice au service du roi du Portugal. Le grade de capitaine ou de sergente équivalait à l'époque presque à un titre de noblesse. Dans le nord-est du Brésil, l'Amérindien Felipe Camarao, héros des luttes menées par les catholiques contre les herétiques hollandais, fut élevé au rang de fidalgo del Rei ( gentilhomme du roi).

      Ii n'est pas inutile d'ajouter que, pur les Amérindiens plus ou moins latinisés ou ibérisés, ainsi que pour les métis participant de l'une et l'autre culture et promus socalement au rang d'égaux des Ibériques en raison de leurs activités guerrières au service du Portugal et de l'Espagne - les deux couronnes étant á cette époque unies, le Brésil était une colonie de l'Espagne comme du Portugal --, ces luttes armées contre des envahisseurs non ibériques avaient pour but d'un côté la défense de valeurs latins comme le catholicisme et, de l'autre, la défense de terres américaines. Il s'agissait donc déjàde sauve-garder un ensemble de valeus pré-nationales, en partie latines et en partie américaines. De ces valeurs, Qui étaient donc déjà par elles-mêmes le produit d'un métissage culturel, bom onmbre de métis se trouvaient alors imprégnés et elles n'étaient pas l'apanage des seusl Européens latins Qui régnaient sur lÁmérique et Qui avaient sous leur coupe tous les éléments de populatin amérindiens et métis. Partant, nous sommes quelques-uns,auteurs brésiliens Qui nous cnsacrons à l'étude e la réalité brésilienne, à penser qu'elles oient ,du côté de leur ascendance non européenne, d'origine amérindienne ou africaine - avec les populations du "tiers monde" , comme sembre le penser le professeur Bataillon.

      Regrettons au passage que, à cette livraison de Diogène, n'ait pas apporté as collaboration un professeur anglo-américain, M. Lewis Hanke, de l'université d Columbia, Qui est sans doute celui Qui aujurd'hui connaît le mieux la pensée "indigéniste", disons même américaniste, telleque, du pont de vue d'un chrétien latin, elle s'exprime chez Las Casas. Celui-ci aurait pu ajouter à l'étude remarquable du professeur Bataillon certaines observations suggestives du point de vue sociologique sur les relations entre les métis et les créoles en Amérique espagnole. De telles observations pourraient éclairer certains aspects encore peu connus du processus de métissage dans la partie espagnole de l'Amérique, dans laquelle ce processus offre des aspects différents de celui qu on trouve dans la partie portugaise, de même que les choses n se sont pas passées dans les possesions portugaises de la même façon que dans les possessions françaises.

      Cependant Ezequiel Martínez Estrada, dans son pénétrant articlesur les Origines de la littérature argentine, également pulié dans ce numéro, met en évidence le fait que toute une série de grands écrivains du dehors - entre autres Alberti, Echeverria, Sarmiento, cités parmi tous ceux Qui mentionnent Martínez Estrada ou Juan Agustín Garcia - illustrent le passé des lettres argentines sans s'être faits les inteprètes de tout ce Qui, gaucho, amérindien ou nègre, se trouve à la racine de quelque culture latino-américaine que ce sit et Qui constitue de ce fit une condition absolue d'authenticité pour ces cultures. C'est, affirme-t-on, en allant à ses racines, que l'auteur de Martin Fierro aa fait un aeuvre authentique. La même chose est vraie pur les aurvres de la peinture latino-américaine plus ou moins récente comme, en Uruguay, celles de Figari, un peu oublié mantenant, et, de nos jours, au Brési, celles d'un Lula Cardoso Ayres ou d'un Francisco Brennand.

      Cela nous amène au problème de la "définition de ces xpressions plastiques", Qui se trouve traité dans un autre texte figurant aussi dans ce numéro latino-américain de Diogène et dû à Damián Carlos Bayón. Pour celui-ci, "entre la conceptin de la forme qu"apportaient les conquérants et celle des indigènes, il n'y avait pas d'incompatibilité fondamentale". Par conséquente, dans le domaine particulièrement important de la plastique, les valeurs introduites dans les pays américains par les conquérants latins - ici ibéiques - ne se seraient pas heurtées à une hostilité radicale de la part des valeurs amérindiennes. Ce Qui s'expliquerait par le fait que les valeurs apportées d'Europe ibérique par des Espagnols et des Portugais, présentant des caractères symboliques et irrationnels, différaient des valeurs de type rationnel des autres Latins, Français et Italiens, aqui, à ce point de vue particulier, sont des héritiers plus directs de la tradition gréco-romaine. Quant aux valeurs rationnelles en général, ajoutons ici à l'article de Bayón: les Français étaient plus proches que les Espagnols et les Portugais de ces peuples d'Europe du Nord, Qui entrèrent de leur côté en contact avec des populations et des cultures non européennes, et ils étaient devantage touchés par la révolution industrielle, par les débuts de l'ascension de la bourgeoisie et par l'importance que prenait - et de façon tellement rapide parmi les Européens du Nord, depuis cette révolution industrielle et la révolution religieuse Qui l'accompagna presque et Qui est généralement appelée la Réforme - la culture biblique, c'est-à-dire l'instruction acquise par la lecture et livre, la notion du temps chronométré, du temps économique et commercial; ce temps Qui s'identifiait avec l'argent: Time is money.

      Une architecture comme celle Qui a été apportée en Amérique par les Espagnols et les Portugais, c'est-à-dire irrationnelle plutôt que rationnlle, et, en accord avec cette tendance artistique générale, portée à mettre en valeur des symboles accessibles à la fois aux illetrés et aux lettrés, devait naturellement être amenée à exprimer par les moyens propres à l'art de construire, les tendances esthétiques en même temps que mystiques Qui pouvaient exister parmi les Américains et les Noirs - les Noirs ayant été depuis de XZVI siècle transportés d'Afrique et amenés dans les régions Qui étaient à l'origine les plus engagées dans le progrès, c'est-à-dire les zones minières et les régions de culture. Un fait Qui ne laisse pas d'être significatif et u'a souligné Bayón dans son essai, c'est qu'une bonne partie des architectes d'Amérique latine, au temps ou l'on y édifiait tant d'églises, de couvents, de palais, étaient des indigènes ou des métis, comme Legarda et Caspicara, en Equateur au XVIII siècle, et Aleijadinho au Brésil. ( Nous laissons de côté l'architecture de Cuzco.) Nous avons là des édifices qi, tous, relèvent de sources d'inspiration non européennes, disons mêmes tropicales, mais sans que leur ait toutefois fait défaut un certain sens de la mesure -- à la limite de la tension, comme dit Bayón --, sens Qui se manifeste aussi dans la façon d'employer la couleur, la tendance voluptueuse n'excluant pas la discrétion, et Qui semble bien caractériser les bons ouvriers latino-américains des arts plastiques, dénonçant ainsi l'injustice de cette accusation portée contre les artistes des tropiques auxquels on reproche de faire toujours preuve dans leurs aeuvres d'une exubérance débridée.

      De même les expressions musicales, chorégraphiques et ludiques produites par la culture latino-américaine - ou disons les cultures - peuvent nous aider à dégager les caractéristiques de ce Qui, dans ces cultures, peut être considéré comme l'ethos supre-national ou le style latino-américain, et non pas seulement brésilien, paraguayen, mexicain, et non pas seulement brésilien, paraguayen, mexicain, dominicain, haitien ou bolivien. Cela dit pour déplorer que le sujetn'ait pas encore été traité de façon systématique par des spécialistes de l'anthropologie et de la sociologie culterelles constitués en équipe - car seule une équipe de chercheurs pourrait dominer tous ces matériaux épars --, une équipe Qui s'attellerait à cette tâche à l'échelle du continent, en appliquant et en développant les méthodes dont Kroeber a été l'initiateur.

      Il faut également regretter que, d'un point de vue semblable, avec le même critère et des méthodes identiques ou similaires, l'on n'ait pas encore analysé ni interprété les diverses formes de l'art culinaire propre à cette - ou ces - culture latino-américaine. Il apparaît sans erreur possible, que, là déjà, il y a certains traits caractéristiques d'ordre supra-national - ou latino-américain. Ii y a une parenté entre certaines friandises mexicaines et d'autres, du Paraguay, du Brésil et de Cuba, comme il y a une parenté entre les danses et les musiques du Brésil et celles du Venezuela, de Haiti et de Porto-Rico. Ce sont là des parentés résultant, semble-t-il, d'interpénétrations entre valeurs latines et américaines, entre valeurs savantes et valeurs populaires, entre valeurs catholiques et valeurs animistes, entre valeurs européennes et valeurs amérindiennes ou afro-amérindiennes, Qui se sont développées de façon analogue dans ces diverses régions de l'Amérique latine. Ce développement s'est effectué dans ces contrées américaines au sein de sociétés où l'existence s'écoulait à la latine, selon un certain style de vie collective et une certaine conscience psycho-sociale du temps. Style de vie et conscience du temps Qui contrastaient avec ceux Qui régnaient dans l'Amérique habitée par les Anglo-Saxons Qui, eux, avaient donné d'autres formes aux relations entre Européens et non Européens, entre civilisés et primitifs, entre chrétiens et paiens. Ces Anglo-Saxons étaient en majorité des bourgeois encore peu surs de leur statut socio-économique et des protestants pas toujours surs de leur orthodoxie religieuse - une orthodoxie de caractère plus hébraique ( ethnocentrique) que chrétienne ( christocentrique). Sociologiquement, le comportement des Latins ibériques était plus christocentrique qu'ethnocentrique, du fait que, en Amérique, loin de se considérr comme un peuple élu ou une race supérieure, de la même façon - rigide, systématique,disons même hébraique, selon l'Ancien Testament - que les Anglo-Saxons, ils agissaient comme porteurs et comme propagateurs d'une civilisation latine, représentée principalmente par le catholicisme romain - ou latin - interprété à leur manière par ces Ibériques, de façon plus dramatique par les Espagnols et plus lyrique par les Portugais. Mais, dans l'une comme dans l'autre de ces interprétations, il s'agissait d'un catholicisme latin Qui, avec ses manifestations populaires, ses fêtes etson folklore, allait être transmis par les Espagnols et le Portugais aux Amérindiens et aux Noirs, à travers le continent américain, par le truchement de symboles plutôt que de livres, au moyen aussi des anniversaires célébrés en un grande nombre de jours saints, au cours desquels le temps-loisir était reconnu comme temps sanctifié et, Qui plus est, tenu pour sacré et considéré comme supérieur au temps-travail. Or ce temps-travail était le seul Qui fut reconnu comme valable, saint et agréable à Dieu par les protestants anglo-saxons, colonisateurs de terres américaines et Qui, en ces contrées, dictaient leur loi à des Peaux-Rouges et, dans certaines régions, aussi à des Noirs transportés d'Afrique pour travailler dans les plantations. Il apparait que de là résulte une appréciable différence d'attitude et de comportement entre Latino-Américains et Anglo-Américains. Cette différence, dans le cours des siècles, a fait des premiers des gens archaiques par rapport aux seconds, mais elle tend aujourd'hui à mettre les Latino-Américains, devant les Anglo-Saxons exagérément activistes, dans la position de maitres virtuels dans l'art d'aoccuper les temps de loisir par des fêtes, du folklore et des plaisirs esthétiques. Ces loisirs, avec l'automation Qui déprécie l'éthique calvaniste, glorificatrice du seul temps-travail, cependant qu'elle valorise l'éthique hispano-catholique, laquelle exalte le temps liturgique, le temps des fêteset des jeux, vont, dans les pays surindustrialisés, s'étendre au point de dépasser largement la durée du temps nécessaire pour permetrre aux activités économiques liées aux idéaux de progrès d'assurer la croissance régulière du bien-être matériel. Ainsi, à ce point de vue particulier, nous nous trouvons devant un paradoxe: on voit l'Amérique latine devenir soudain, dans certains de ses aspects, ultra-moderne, tandis que l'Amérique de langue anglaise tend à rester archaique en ses attitudes et en ses habitudes créées par tros siècles de progrès ayant eu pour ressort une conscience exclusivement économique du temps: le temps-argent.

      Il y a un autre domaine particulier dans lequel il est également possible que l'Amérique latine vienne à être considérée comme ultra-moderne dans ses attitudes et son comportement: il s'agit de ce processus de valorisation, Qui se poursuit dans certaines régions, des attitudes et des valeurs traditionnelles, processus Qui corrige les excès modernistes de certains peuples économiquement développés, de même que les désirs immodérés de modernisation Qui se manifestent dans certaines populations dites sous-développées et Qui impliquent le sacrifice de toute le reste. Cette attitude, de la part des Latino-Américains, est due en partie au catholicisme, Qui valorise les traditions et les rites 'seculaires, au catholicisme constructeur d'églises et inspirateur d'arts sacrés capables de résister longuement au temps, d'arts Qui, grâce à leur symbolique, sont appréciés et admirés tant par les gens cultivés que par les illettrés . aussi le Latino-Américain reste-t-il d'ordinaire attaché à ses traditions aussi bien savantes que populaires. Ces traditions, les communistes eux-mêmes, aujourd'hui mieux avisés et revenant sur le modernisme, l'antitraditionalisme et l'anti-saudosisme intégraux de leurs anciens, cherchent à les ranimer parmi les populations non seulement des pays sous-développés, mais encore des pays d'Orient comme le Jampos, Qui poursuivent leur développement sans se conformer exactement aux modèles occidentaux et en harmonie avec les traditions régionales de chacun d'eux, lorsque ces traditions peuvent être considérées comme "valables", et comme faisant partie de ce que les Anglais appellent l'usable past. Jamais, en Orient, en Afrique, aux Etats-Unis, en Europe même, cette conception en quelque sorte pragmatique de la tradition n'a été plus d'actualité qu'aujourd'hui et ce sens de a tradition est depuis longtemps caractéristique de la culture d'Amérique latine, à l'intérieur de laquelle il a mis as marque sur bien des arts, sur toutes sortes de créations et de combinaisons associant des valeurs traditionnelles avec des valeurs nuvelles et actuelles, et pouvant être considérées comme des aeurvres d'art, toutes choses Qui expriment particulièrement bien l'essence de la culture latino-américaine - depuis la peinture de Cuzco jusqu'á la musique de Villa-Lobos; depuis ces plantes du Mexique, du Péruo et d'autres pays d'Amérique latine, Qui, après avoir été traditionnellement employées par ls Amérindiens à des fins thérapeutiques et prophylactiques, ont été, grâce aux activités des Latins ibériques, consacrées par la science, jusqu'aux tableaux du Mexicain Diego Rivera et à lacéramique du Brésilien Francisco Brennand, dans laquelle, aux constantes de l'art populaire s'associent les hardiesses de l éxpérimentateur.

      Il est bien évident que les traditions, pour être utilisables, doivent être triées et même transformées par ceux Qui, se trouvant dans la vie à tirre de contemporains et non de spécimens archaiques, se sentent attirés par elles, mais Qui, loin de ressentir à l'égard de leurs enchantements un attachement fétichiste, leur vouent une affection clairvoyante leur permettantde faire la part des vraies valeurs qu elles peuvent contenir et celle des vieilleries dépourvues d'intérêt. C'est ce qu'on voit souvent faire en Amérique latine avec certaines traditions comme celle du chimarrão ( pipe à boire le maté), usage Qui, sous as forme pure, exige que la plus américaine des infusions soit abosrbée de façon peu hygiénique àl'aide d'un instrument unique servant à plusieurs personnes; comme celle aussi de la sieste, Qui, maintenue dans de justes limites, peut être une habitude salutaire dans les régions tropicales de l'Amérique latine et non une pratique relevant de la simple indolence ou de l'oisiveté mauvaise; comme celle encore des fenêtres à l'ancienne mode hispano-arabe, c'est-à-dire, pour les maisons d'habitation, grillagées et non garnies de vitres à la manière anglaise. Nous nous bornons à relever ces trois exemples parmi beaucup d'autres que l'on pourrait citer,afin de fire sentir comment, pour beaucoup de Latino-Américains d'aujourd'hui, le développement de leur civilisation mieuropéenne, et mi-non-européenne ne perd rien à s'accommoder de traditions dans lesquelles se reflète le caractère mixte de cette civilisation. C'est ainsi que, en matière de vêtement, des innovateurs particulièrement hardis habitant les régions tropicales de l'Amérique latine n'hésitentpas à préconiser - comme on le fait aussi à propos de l'architecture futuriste et, partant, ultra-moderne - la remise en honneur des traditions orientales et africaines. Il ne s'agit de rien de moins pour eux que deremplacer le pantalon masculin, anti-hygiénique, comme chacun sait, dan les climats chauds, par la tunique et le pagne. De telles suggestions peuvent paraître encore choquantes, étant donné les conventions Qui règlent le port des vêtements en fonction du sexe, le pantalon étant masculin et la jupe féminine - conventions Qui sont des produits de la civilisation occidentale - mais si cette mode nouvelle était adooptée parmi des groupes de gens de nouvelles générations, Qui joueraient ainsi hardiment le rôle de pionniers, il pourrait bien se faireque, dans le domaine de l 'habillement, l'esrit de tradition s'associant ici avec un esprit d'ultra-modenisme, l'Amérique latine apporte as contribtion au bien-être des populations établies dans d'autres parties du monde et Qui, sous un climat également tropical, sont également victime, dans leur façon de se vêtir, de conventions européennes Qui se sont surimposées aux traditions orientales, lesquelles, dans ce domaine, sont plus saines, plus hygiéniques, mieux adaptées au milieu et presque toujours plus esthétiques que ls usages européens. Les mêmes observations s'appliquent aux chaussures; elle s'appliquent aux distractions en général. Autant de domaines dans lesquels il se pourrait bien qu'on observe au cours ds prochaines décennies une latino-américanisation des usages européens, transformation inspirée par des traditions orientales et africaines Qui se sont conservées comme dans uine réserve culturelle, à côté de valeurs amérindiennes, parmi divers groupements de population d'Amérique latine.

      En effet, dès les premiers temps de l'existence de ces populations en tant que populations latino-américaines, il est arrivé que, au sein de leurs cultures, en marge des valeurs européennes imposées par l'impe'rialisme européen comme valeurs de civilisation à des groupes non européens appelés àvivre avec eux, d'autres valeurs différentes de celles-ci, non européennes, désapprouvées et parfois même rejetées par les dominateurs, se sont en quelque sorte mises à l'abri comme traditions secondaires, en attendant quelque époque future pour réapparaitre à côté des valeurs européennes et affimer leur supériorité sur certaines d'entre elles - comme eles le fonte actuellement --, supériorité due à une meilleure adaptation au milieur, àleur caractère authntiquement américain et aussi à des qualités Qui les rendent à la fois proches des valeurs latines et plus aptes que les valeurs purement latines à résister aux valeurs anglo-saxonnes, ces dernières exerçant souvent sur les cultures non européennes une action Qui les dénature plutôt qu'elle ne les modenrise. C'est-à-dire que ces valeurs latino-américaines, d'origine plus amérindienne, plus orientale ou plus africaine qu'européenne, se montrent capables ,mieux que ls valeurs venues d'Europe et conservées à l'état pur ou presque pur en Amérique latine, de répondre aux conditions d'existence qu'offrente l'Amérique et, plus particulièrement, les régions tropicales américaines. O le constate aussitôt que ces valeurs se trouvent disjointes de leur condition - condition inférieur e selon les conventions - de valeurs n áyant cours que parmi les populations plébéiennes vouées au travail de la terre, de valeurs prolétaires ou même serviles, et qu'elles sont valorisées, en même temps que osnt valorisés - phénomène si actuel en Amérique latine - les prolétaires, les paysans et les descendants d'esclaves. Et il ne s'agit pas seulement d'une valorisation des races auxquelles cces gens appartiennent, races Qui ont déjà été partiellement remises en honneur par suite de la présence de sang amérindien et même africain dans d'anciennes familles nobles d'Amérique latine, mais aussi d'une revalorisation de certaisn trits de culture amérindiens et africains. Beaucoup de ces traits, répétons-le, ont été indûment liés à ce que l'on considérait comme méprisable dans la conditiion des gens socio-économiquement inférieurs Qui en étaient protuers et Qui, en majeure partie, étaient d'origine amérindienne, orientale ou africaine. Il y a donc corrélation entre le mouvement atuel d'ascension socio-économique de ocuches sociales lationo-américines Qui depuis longtemps - longtemps, répétonsle, pour l'Amérique latine - étaient restées "inférieures", et un autre phénomène sociologiquement importat, a savoir la remise e honneur d'éléments culturels liés à ces couches de population et à leur condition socio-économique d' "inférieures". Et c'est là le point que nous tenons par-dessus tout à bien préciser dans ces pages. Il s'agit d'une revalorisation Qui s'effectue à l'intérieur de la structure socio-culturelle latino-américaine, laquelle est suffisamment plastique et flexible pour permettre que s'accomplisse cette transformation sans que cette société se délatinise ou se désaméricanise dans ses caractéristiques essentielles. Cela s'explique par le fait que les asociétés latino-américaines - compte tenu de tus les défauts d'ordre éthiquequi rendent discutalb leur classification comme sociétés cristocentriques - sont et ont touours été, au point de vue sociologique, christocentriques et non pas, socialement et culturellement parlant, ethnocentriques. C'est en cela que semble réide la différence la plus profonde Qui les séparedes autres établissements européens - anglo-saxons, hollandais, belges et même français - dans les pays américains et ailleurs. Tous ceux-ci ont été plutôt ethnocentriques qu christocentriques dans leurs aspects socio-culturels, bien que tous eussent prétedu être des civilisations chrétiennes et qu'ils se fussent employés à évangéliser et à instruire ls popultions non européennes. Observation Qui vaut aussi bien pour les populations d'Amérique appelée latine ( les Belges, là , étant absents).

      C'est par cette différence, signalée ici, que s'explique le fait que se soient développées parmi les populations mêmées d'Amérique laitne - mêlées dÉuropéens et de non-Européens - des formes également mêlées de culture, et notamment en ce qu concerne le christianisme. Cela est vrai tout spécialement pour lárt chrétien. Les sculptures d'Aleijadinho, au Brésil, en sont un exemple, insistons-y, ainsi que la peinture de Cuzco et diverses aeuvres de l'art mexicain. Il y a aussi dans d'autres domaines des cas de symbioses et d'interpénétrations qu'on ne doit pas sousestimer. Et ils ont souvent été rendus possibles par le christianisme, un christianisme Qui, au lieu d'être resté totalement fermé aux valeurs non européennes, a su s'ouvrir, dans bom nombre de cas, à ces valeurs - valeurs médicales, thérapeutiques et hygiéniques incluses.

      Par suite de ces interpénétrations, le complexe latino-américain de populations et de cultures se trouve marqué par une uité, unié pas toujours apparente, Qui coexiste avec la variété, variété Qui, présentant des aspects plus pittoresques, est presque toujours plus évidente. C'est à ces interpénétrations qu'est dû, jusqu'à un certain point, le fait que ce complexe se présente de façon tellement différene des autres complexes de populations et de cultures, parentes des nôtres, en Oriente et en Afrique, Là, la présence impériale européenne n'a réussi en aucune manière à doter les populations et ls cultures d'un fonds de valeurs chrétiennes présentant, sociologiquement, un dynamisme comparable à celui qu'on trouve en Amérique latine. Elle n'a pas non plus su leur inculquer les tecniques européenne de la même façon que dans les pays d'Amérique latine, où, développées selon leur style propre par des populations en partie métisses, en partie européennes, amérindiennes ou africains et, malgré cela, enclines à selaisse influencer par les genres de vie et de relations sociales très différents - même en Argentine, au Chili et en Uruguay - de ceux des Européens, elles ont fini par créer de nouveaux types de relations entre groupes humanis, et des attitudes nouvelles de l'homme devant la nature et vis-à-vis de l'espace et du temps, attitudes Qui peuvent dès maintenant être considérées comme spécifiquement latino-américaines. Tel est le résultat de cette combinaison de l'héritage culturel amérindien avec celui des Noirs d'Afrique et celui des Latins d'Europe. Et c'est là une latinité créée par le reyonnement du chrstianisme latin, plutôt que par une quelconque conscience, l'emportant sur la religion, d'appartenir à une race pouvant être définie comme latine. Apporté en Amérique par les Espagnols, les Portugais et les Français, ce christianisme n'était pas fait seulement de croyances; il imprégnait les attitudes, les coutumes et les rites sociaux, indépendamment du culte même. Les promières activités des Espagnols en Amérique ont été étudiées avec une compétence profonde par Marcel Bataillon.

      Il est peu probable que la définition sociologique de l'Amérique latine vienne à être formulée dans l'avenir en termes etniques, termes Qui, jusqu'à ce jour, n'ont pu l'emporter sur les termes culturels. Per probable aussi que l'on s'arrête à une terminologie comme Latins d'Europe et Amérindiens d'Amérique. La latinité et láméricanité de l'Amérique latine tendent en effet à se définir toujours davantage en termes à la fois culturels et écologique, ce Qui constitue l'un des points où son développement fait contraste avec celui de l'Amérique façonnée par les Anglo-Saxons. La définition, Qui envelopperait la latinité en même temps que l'américanité dans as partie latine, tout nous montre qu'elle devrait comprendre l'ensemble de ce complexe, dans les manifestatins de son ethos, de as culture,de as conscience sociale, avec le comportement politique et le genre d'activité économique qu'il implique, avec les styles Qui règlent la vie collective, en même temps que les expressions littéraires, artisques et philosophiques, et les sciences humaines, dans la mesure où celles-ci reflètente une epérience spécifique de la vie.

      Nous croyons parler pour tus ceux Qui, Européens et Américains, collaborent à ce numéro spécial de Diogène, en disant eu, pour aucun de nous, la clé permettant d'interpréter l'ethos et la culture latino-américains ne se trouve dans un latinisme ( européen) rigoureusement pur, non plus que dans un indigénismeaméricain également pur. Ni l'un ni l'autre, pris ainsi absolument, ne saurait jamais expliquer le passé, le développement et l'idéal latino-américains. Pour qu'on puisse les saisir dans leurs caractères essentiels, ce passé, ce développement et cet idéal doivent être considérés, répétons-le, dans l'ensemble de leurs interpénétrations, bien qu'il faille aussi admettre l'existence d'ilots où, sociologiquement, règne l'exception: ilots européens ou encore indigènes ou même nègres ,ilots sociologiques se trouvant cependant liés à ce continent Qui forme un tout et qu'on doit caractériser comme latino-américan.

Gilberto Freyre.
(Recife)

Traduit du portugais par Marie-Claude Roussel.



Source: FREYRE, Gilberto. Americanité et latinité de l'Amérique Latine: interpendence croissant et ségregation. Traduzido por Marie-Claude Roussel. Paris: Diogène, 1963. 23p.

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